Quand la DS est apparue au Salon de Paris 1955, elle a immédiatement été reconnue comme un objet qui ne ressemblait à rien d'autre. Citroën avait pris dix-huit ans pour préparer la sortie de cette voiture, et le résultat dépassait toutes les attentes. Suspension hydropneumatique inédite, direction assistée hydraulique, freinage à disques avant (une première en grande série), boîte de vitesses semi-automatique commandée par convertisseur hydraulique. Le tout enveloppé dans une carrosserie dessinée par Flaminio Bertoni qui ressemblait à un vaisseau spatial atterri par hasard à Javel.
Soixante-dix ans plus tard, la DS reste l'une des voitures de collection les plus emblématiques jamais produites en France. À la maison, nous en avons eu dix-sept entre 1998 et 2025. Voici ce qu'il faut savoir si la légende vous appelle.
Les générations de DS et leurs spécificités
La production DS s'étale sur vingt ans (1955-1975) en quatre phases principales.
1955-1962 : la DS originelle, avec son nez plongeant à phares ronds (4 phares en 1962), tableau de bord à un seul ovoïde monolithique, hydraulique LHS (liquide rouge). Moteur 1,9 L 4 cylindres puis 2,0 L. La plus pure dans son dessin mais aussi la plus délicate mécaniquement (hydraulique LHS corrosive).
1962-1967 : évolution du tableau de bord (deux instruments séparés), passage à l'hydraulique LHM (liquide vert) en 1967, motorisation 2,1 L. La période la plus accessible aujourd'hui pour acheter une DS authentique.
1967-1969 : apparition des phares directionnels à l'intérieur du masque avant en 1967 (les fameuses « six phares Marchal »), grande nouveauté esthétique. Modèle DS 21 majoritairement, certains rares DS 21 IE (injection). Le saut de modernité est marqué.
1969-1975 : la DS 23 fait son apparition avec son moteur 2,3 L. Deux variantes : à carburateurs (115 ch) ou à injection Bosch D-Jetronic (130 ch, version IE). C'est la version la plus aboutie de la DS, mais aussi la plus rare et la plus chère aujourd'hui.
Le grade Pallas, à privilégier
La finition Pallas, lancée en 1965, apporte des équipements supplémentaires : sellerie cuir, tableau de bord garni, isolation acoustique renforcée, pare-chocs spécifiques, jantes Pallas, vitres électriques. Aujourd'hui, une DS Pallas se négocie 15 à 25 % plus cher qu'une DS standard équivalente. C'est justifié : la Pallas est plus agréable à conduire au quotidien, plus complète, et plus prestigieuse à l'œil.
Au-dessus de la Pallas, la DS « Présidentielle » ou « Préfecture » sont des appellations sans réalité officielle. Aucune DS n'a jamais été appelée ainsi par Citroën. Méfiez-vous des annonces qui en parlent : c'est souvent du folklore commercial.
Cotes 2026 et marché actuel
- ·DS 19 ou 21 standard, état driver : 28 à 42 000 €
- ·DS 21 Pallas, bel état restauré : 45 à 65 000 €
- ·DS 23 Pallas Injection, bel état : 55 à 75 000 €
- ·DS 23 restauration concours, matching numbers : 80 à 120 000 €
- ·DS Cabriolet Chapron (rare, 1 365 ex.) : 280 à 480 000 €
Le marché DS a connu une hausse régulière depuis 2010 (×2,2 sur la décennie) sans la flambée spectaculaire des Mercedes Pagode ou Porsche 911. C'est un marché stable, mature, où la voiture s'apprécie lentement et sûrement.
Les points techniques à vérifier
La DS demande une vigilance particulière sur trois sujets.
L'hydraulique d'abord. Système complexe avec sphères haute pression, pompe principale, accumulateurs. Une DS qui ne se met pas à hauteur en 30 secondes, qui « danse » au démarrage à froid, ou qui demande plus de 60 secondes pour se redresser après arrêt, signale un système fatigué. Remise en état complète : 4 à 8 000 € selon état. Important : préférer une DS dont l'hydraulique a été refaite récemment plutôt qu'une DS « à faire ».
La corrosion ensuite. La DS est particulièrement sensible sur trois zones : les longerons et leur encombrement (boue, sel, humidité), les passages de roue avant (souvent réparés), et les bas d'aile arrière. Une DS Tunisie ou Italie sans réparation lourde, c'est un mythe : presque toutes ont été soudées. La qualité de soudure se vérifie sous le véhicule à la lampe.
L'intérieur enfin. Sellerie cuir Pallas qui se craquelle = à traiter (entretien préventif essentiel, sinon refaire la sellerie à 6-9 000 €). Tableau de bord ovoïdes Jaeger qui ne fonctionnent pas = trouver le bon réparateur (Atelier Jaeger Restoration à Lyon, par exemple). Ciel de toit qui pend = refaire (1 500 €), c'est typique des DS.
Notre stock et notre recommandation
Nous avons au showroom la DS 23 Pallas Injection 1973 Vert Argenté à 42 500 €. C'est une belle entrée dans l'univers DS : finition Pallas, motorisation 130 ch à injection, hydraulique LHM (donc moins corrosive que la LHS), peinture refaite teinte d'origine, intérieur cuir tabac d'origine patiné. Pour le prix d'une berline allemande d'occasion, vous accédez à un monument de l'histoire automobile française.
Mon conseil général sur la DS : c'est une voiture qui se conduit à part. Pas comme une Mercedes (trop souple), pas comme une Jaguar (trop douce). Conduire une DS est une expérience singulière qu'aucune autre voiture ne reproduit. C'est ce qui fait son charme, et ce qui explique qu'on ne s'en débarrasse jamais une fois qu'on en a possédée une. Si vous hésitez, venez en essayer une. Vous saurez en dix minutes si c'est votre langue ou pas.