Sur les vingt-deux Pagodes que la maison a eues en transit, j'en ai vu trois ressortir du garage au printemps avec des problèmes graves : moteur grippé, batterie morte, frein bloqué, sellerie attaquée. Ces trois cas avaient un point commun : aucune préparation hivernale sérieuse à l'automne. C'est dommage parce que prévenir coûte cent fois moins que réparer.
La voiture de collection demande une attention particulière à l'arrivée de l'hiver. Elle reste immobile pendant quatre à cinq mois, exposée à l'humidité, parfois au froid, parfois aux écarts thermiques. Sans soin, certains organes se détériorent silencieusement. Voici la check-list que nous appliquons systématiquement aux voitures de notre stock avant la mauvaise saison.
Premier point : nettoyer complètement la voiture
Lavage extérieur soigné, en particulier les passages de roue, les bas de caisse, le dessous de carrosserie. Tous les résidus de poussière, sel d'épandage, insectes, sève d'arbre doivent être éliminés. Ils attirent l'humidité pendant l'hivernage et favorisent la corrosion.
Lavage intérieur complet : aspirer, traiter les cuirs avec un nourrissant adapté (Connolly Hide Food pour cuir Connolly, lait nettoyant doux pour cuir Bridge of Weir), nettoyer les tapis, sécher tout. Un cuir nourri à l'automne passe l'hiver sans se dessécher.
Polish léger sur la carrosserie pour appliquer une fine couche de protection. Ne pas mettre de cire trop épaisse qui pourrait emprisonner l'humidité.
Deuxième point : la mécanique avant hivernage
- ·Vidange complète (huile moteur, filtres) si l'année écoulée a dépassé le seuil constructeur ou 6 000 km : l'huile usée contient des acides qui attaquent les paliers durant l'immobilisation.
- ·Vérification du niveau et de la qualité du liquide de refroidissement (point de gel à -25°C minimum pour le nord de la France).
- ·Vérification du liquide de frein : changement biennal recommandé, en particulier en climat humide.
- ·Lubrification des bouts de cardans, des points de graissage Z, des charnières de portes.
- ·Plein du réservoir au maximum (carburant) : un réservoir plein limite la condensation interne et donc la corrosion.
- ·Ajout d'un stabilisateur d'essence si la voiture sera vraiment immobilisée plus de 4 mois (Sta-Bil, par exemple).
Troisième point : la batterie
La batterie est le premier organe à mourir en hivernage prolongé. Deux solutions selon la durée d'immobilisation prévue.
Si vous démarrez la voiture toutes les 3-4 semaines : laisser la batterie en place, vérifier la tension avant chaque démarrage (12,4 V minimum). Compléter en eau distillée si batterie ouverte.
Si la voiture reste immobilisée plus de 6 semaines : connecter un mainteneur de charge (CTEK MXS 5.0 par exemple, 60 €) qui maintient la batterie à pleine charge sans la surcharger. Indispensable pour les voitures à électronique moderne (Lancia Delta Integrale, Ferrari Mondial).
Sur les voitures à batterie ancienne (plus de 5 ans), prévoir son remplacement en sortie d'hiver. Une batterie qui passe un hiver mal entretenue ne tiendra pas la saison suivante.
Quatrième point : les pneus
Une voiture qui passe l'hiver sur ses pneus déformés (méplats) ne sera plus jamais ronde. Deux solutions.
Soit surgonfler les pneus à 3,0 bar pour limiter l'aplatissement et prévoir de retourner la voiture une fois par mois (rotation d'un quart de tour). C'est la solution minimaliste si vous comptez sortir la voiture une fois par mois.
Soit déposer la voiture sur chandelles ou sur des coussins de stockage (Tire Cushions Bowes, par exemple, 35 € la paire) qui répartissent la charge. C'est la solution pour les voitures qui ne bougeront pas avant le printemps.
Vérifier la date de fabrication des pneus (DOT). Au-delà de 8 ans, même peu usés, ils sont à remplacer pour des raisons de sécurité (raidissement de la gomme).
Cinquième point : l'humidité dans le garage
L'humidité est l'ennemi numéro un de la voiture de collection en hivernage. Un garage humide attaque les chromes, les caoutchoucs, les cuirs, et favorise la corrosion. Quelques solutions selon le contexte.
- ·Garage en sous-sol non chauffé : installer un déshumidificateur électrique programmable (250 à 400 €). Maintenir l'hygrométrie sous 65 %.
- ·Garage hors-sol non chauffé : placer 4-5 sachets de gel de silice (1 kg chacun) dans l'habitacle et le coffre. Ne pas oublier de mettre une bâche perméable (jamais bâche plastique étanche).
- ·Garage ventilé naturellement (campagne) : ouvrir les portes deux fois par mois pendant 30 minutes par temps sec.
- ·Sol en terre battue ou béton brut : prévoir une dalle vinyle ou un revêtement époxy qui limite la remontée d'humidité par capillarité.
Sixième point : bâcher correctement
Une bâche mal choisie fait plus de mal que pas de bâche du tout. Règles :
- ·Choisir une bâche perméable, non plastique, qui laisse circuler l'air (Polyester respirant + intérieur coton, type Coversure ou Indoorbag).
- ·Privilégier le sur-mesure pour les modèles rares (250 à 600 €). Une bâche universelle frotte les arêtes vives et abîme la peinture.
- ·Ne jamais mettre la bâche directement sur une voiture mouillée ou poussiéreuse : laver, sécher, puis bâcher.
- ·Soulever la bâche une fois par mois pour aérer et inspecter visuellement la voiture.
Et au printemps ?
À la sortie d'hivernage, ne pas faire un démarrage long brutal. Tourner d'abord à la main quelques tours moteur si possible (sur les plus anciennes). Puis démarrer 20 secondes, couper, laisser huiler, redémarrer.
Vérifier les niveaux. Faire un tour de 10 minutes à basse vitesse pour réchauffer doucement la mécanique. Ne pas pousser le moteur tant que la température n'est pas stabilisée.
Et profitez. L'hiver est passé, la voiture est intacte, le printemps commence.