Quand Enzo Ferrari a dit en 1961 que l'E-Type était la plus belle voiture du monde, il ne pensait pas, je crois, qu'on continuerait à le répéter soixante-cinq ans après. Pourtant, l'E-Type reste, par à peu près tous les critères esthétiques retenus par les concours d'élégance internationaux, l'une des plus belles voitures jamais produites. Best of British, comme disent les Anglais.
Mais derrière une silhouette unique, trois séries successives ont marqué l'histoire de l'E-Type entre 1961 et 1975. Et ces trois séries ne se valent pas, ne se conduisent pas pareil, ne se cotent pas pareil, et ne s'adressent pas aux mêmes acheteurs. Voici la comparaison qui permet de choisir.
Series 1 (1961-1967) : la pureté absolue
La Series 1 est l'E-Type originelle, dessinée par Malcolm Sayer (qui avait dessiné la Jaguar D-Type victorieuse aux 24 Heures du Mans). Phares ronds sous bulle plexiglass, calandre étroite, pare-chocs minimalistes. Le dessin pur que tous les puristes considèrent comme l'aboutissement absolu.
Motorisations : 3,8 L XK (1961-1964) puis 4,2 L XK (1964-1967), 265 ch, six cylindres double arbre. Boîte 4 rapports Moss au début, puis Jaguar synchronisée à partir de 1964. Disponible en Roadster, Coupé Fixed Head (FHC) et Coupé 2+2 (à partir de 1966).
Cotes 2026 :
- ·Series 1 Roadster 3.8 (1961-1964) : 180 à 280 000 €
- ·Series 1 Roadster 4.2 (1964-1967) : 160 à 240 000 €
- ·Series 1 FHC 3.8 : 130 à 200 000 €
- ·Series 1 FHC 4.2 : 110 à 180 000 €
- ·Series 1 2+2 (peu désirable) : 70 à 110 000 €
C'est la série la plus chère et la plus recherchée. Pour qui veut l'E-Type ultime, c'est elle. Pour qui veut une E-Type abordable, ce n'est pas elle.
Series 2 (1968-1971) : le bon compromis
La Series 2 marque l'évolution de l'E-Type pour répondre aux nouvelles normes américaines : phares ronds non plus sous bulle mais directement intégrés à la carrosserie, calandre élargie, pare-chocs un peu plus présents. Le dessin est légèrement moins pur mais reste magnifique.
Motorisation : 4,2 L XK 265 ch (240 ch sur version américaine à deux carburateurs). Évolutions techniques importantes : freinage amélioré, ABS optionnel, ventilation interne du moteur, refroidissement plus efficace. C'est l'E-Type la plus utilisable pour rouler vraiment.
Cotes 2026 :
- ·Series 2 Roadster 4.2 : 110 à 170 000 €
- ·Series 2 FHC 4.2 : 90 à 145 000 €
- ·Series 2 2+2 : 65 à 100 000 €
La Series 2 reste pour beaucoup la meilleure E-Type à acheter en 2026 : design encore très pur, mécanique plus moderne, fiabilité supérieure, prix moins extravagant que la Series 1. Notre E-Type Series 2 1969 BRG à 138 000 € illustre parfaitement la catégorie.
Series 3 (1971-1975) : le V12 atypique
La Series 3 marque le saut technologique : remplacement du six cylindres par le V12 5,3 L Jaguar (272 ch), pare-chocs et calandre profondément redessinés pour respecter les normes américaines. Visuellement, c'est une E-Type plus massive, moins pure mais aussi plus statutaire.
Disponible uniquement en Roadster ou 2+2 (le coupé FHC court a disparu). Conduite très différente : couple massif du V12 mais comportement plus pataud, consommation impressionnante (15-18 L aux 100 km), entretien V12 deux fois plus complexe et coûteux qu'un six cylindres.
Cotes 2026 :
- ·Series 3 Roadster V12 : 95 à 140 000 €
- ·Series 3 2+2 V12 : 55 à 85 000 €
Marché dual : les puristes la regardent de haut, mais elle a ses amateurs irréductibles qui adorent le V12 et son couple. Achat plus rationnel qu'on ne le dit, à condition d'accepter le coût d'usage.
Comment choisir entre les trois séries
Choisissez la Series 1 si : vous voulez l'E-Type ultime, vous avez le budget (180 000 € minimum pour une bonne), vous comptez exposer en concours, vous acceptez la conduite plus archaïque (freinage limité, fiabilité moindre).
Choisissez la Series 2 si : vous voulez une E-Type pour rouler réellement, vous appréciez le dessin original sans la prime puriste, votre budget se situe entre 100 et 160 000 €, vous valorisez la fiabilité et l'usage.
Choisissez la Series 3 si : vous aimez le V12, vous voulez accéder à l'univers E-Type avec un budget plus modeste (60-100 000 € sur un 2+2), vous acceptez un entretien plus complexe, vous préférez le couple à la pureté visuelle.
Points sensibles communs aux trois séries
- ·Corrosion sur les longerons et la structure aluminium-acier : à vérifier impérativement avec un spécialiste.
- ·Système de freinage à disques inboard arrière (sur Series 1 et 2) : maintenance complexe, accès difficile, à refaire tous les 80 000 km environ.
- ·Six cylindres XK ou V12 fiables mais sensibles aux joints de culasse : surveiller le niveau d'eau et les traces de mayonnaise.
- ·Boîte de vitesses Moss (Series 1 jusqu'en 1964) : synchros faibles, fragiles. Préférer une E-Type à boîte Jaguar synchronisée si possible.
- ·Capote et tableau de bord : refaire correctement coûte 6 à 9 000 €. Une E-Type avec capote en lambeaux est à négocier.
Notre recommandation
L'E-Type Series 2 Roadster reste, pour la majorité des collectionneurs, le choix le plus équilibré aujourd'hui. Suffisamment puriste pour faire rêver, suffisamment moderne pour rouler, suffisamment accessible (relativement) pour ne pas rester sous bâche. Si votre budget le permet, c'est ce que je recommande. Au-dessous, la Series 3 2+2 reste une porte d'entrée intelligente. Au-dessus, la Series 1 FHC offre la combinaison rareté-utilisation la plus séduisante.